Les Saintes-Maries-de-la-Mer
(Anciennement Saintes-Maries-des-Barques)
Ils s’étaient arrêtés prés de l’endroit ou le fleuve se jette dans la mer, sur une plage de sable fin. Non loin, dans la pénombre, on apercevait la silhouette d’une église trapue entourée de maisons basses. Un vent tiède soufflait de la terre apportant l’odeur écœurantes des marécages voisins... un feu brûlait au centre d’un cercle formé par les chariots. Les femmes avaient dressé les tentes en attendant que la soupe soit prête, les enfants presque nus apportaient des brassées d’herbes aux chevaux...
Plus tard, la faim apaisée, tant des gens que des bêtes, les Tziganes rassemblé discutaient entre eux, s’efforçant de rester impassibles devant l’attaque assoiffée des moustiques. Plusieurs remarquèrent le silence de leur chef, un homme fort, harnaché de cuir, les cheveux et la barbe drus. Ils lui en demandèrent la raison, et le chef s’expliqua, tandis que le silence s’établissait autour de lui :
- tout a l’heure, je suis allé dans ce village, essayer de parler avec ses habitants, savoir q’il acceptait ou non notre présence. J’ai vu en haut de l’église deux visages de femmes sculptées dans la pierre, séparée par une barque. D’ailleurs cette église s’appelle Saintes-Maries-des-Barques... et le vieux au cabaret m’a raconté une étrange histoire...
Les tsiganes se rapprochèrent encore de leur chef, et ce dernier reprit la parole, les yeux vagues, somme lorsqu’on rêve :
- il y a longtemps, vivait une femme du nom de Sara. Elle était la maîtresse d’une tribu qui travaillait le fer et faisait commerce avec d’autre tribu de la région. Une nuit tandis que Sara dormait, elle aurait vu en rêve une barque qui approchait du rivage. Sara s’est réveillée en sursaut, sauta de sa couche et courut vers la plage... la mer était en furie, mais il y avait bien une barque au large terriblement agitée par les courants. Il parait que Sara a jeté son manteau sur les vagues ; les flots se sont apaisés et les passagers de l’embarcation ont pu débarquer paisiblement. Ils étaient 72, des chrétiens venus du pays lointain de Palestine, des disciples du Christ, le dieu que nous avons trouvé dans ce pays. Parmi eux j’ai retenu les noms, se trouvait Marie-Madeleine, une pécheresse convertie, Lazare, un mort ressuscité, Marie-Jacobé sieur de la sainte vierge, ainsi s’appelle la mère du christ et Marie-Salome, mère des apôtres jaques et jean qui sont ses compagnons. Les vieux m’ont encore dit qu’a l’endroit ou les chrétiens touchèrent terre, jaillit une source d’eau pure ; le premier soin des arrivants fut de construire un autel de glaise, pétri à la main, afin de prier. Ensuite, ils décidèrent de disperser dans la région pour prêcher la bonne nouvelle. Ainsi, Lazare est devenu le premier évêque du port appelé Marseille, Maximilien Trophime évangélisa Aix et Arles, des lieux ou nous sommes passés, Marie-Madeleine se réfugia Sainte-baume dans la montagne. Seule, compte tenu de leur age avance, les deux maries restèrent au bord de la mer et il parait que Sara abandonna sa tribu pour s’occuper d’elle, mendier et préparer la nourriture... lorsque la mort les prit, les deux maries, dites saintes pour leur piété, ont été enterre dans la chapelle bâtie autour de leur autel de terre. Il y a quelque années, sur l’ordre du compte de Provence, des fouilles ont été faites ici et on a retrouvé leurs ossements bien conservé, exhalant une odeur agréable, ainsi que l’eau d’eau qui guérit de la rage, des fièvres et qui rend les femmes fécondes. Depuis, au début de chaque été, on vient ici en pèlerinage.
- et Sara qui était Sara, qu’est elle devenue ?
- ce qui me trouble, répondit le chef. Les vieux de Notre Dame De La Barque disent que nous pouvons rester ici avec nos chariots parce que Sara était de notre peuple. On n’a pas retrouvé ses ossements avec ceux des Maries, pourtant ils sont surs de son existence, ils l’appelaient Sara-la-Noire.
- Sara-la-Kali, ainsi elle serait des nôtres.
Le chef ne répondit pas. Il croyait que son groupe était un des premiers à parcourir cette région en cette année 1450 ou 1451, il ne savait plus. Mais peut on être sur de tout, connaître la vérité exacte sur ce qui existait voila plus de mille an ?
- Sara-la-Kali, nous en parlerons à nos frères....
C’est ainsi que naquit la légende de Sara, la vierge noire des gitans
Source centraleeurope